Mon Accouchement à la maison

Quand je vois Camille ou Clémentine, rayonnantes sur Instagram, quelques jours après leur accouchement à domicile, (AAD comme on dit dans le jargon) je me réjouis de son retour en grâce !

Mais une pensée me saute au visage « comment font-elles, pour être aussi détendues, je n’étais pas comme ça moi ? »

Alors voilà le but de cet article, faire la lumière sur l’accouchement à domicile. Car c’est une expérience singulière, encore en marge de la norme occidentale actuelle, et comme toutes expériences, elle est vécue différemment par chacune. Alors voici mon histoire :

Quand je tombe enceinte, une amie vient d’accoucher chez elle, d’une petite beauté, d’un calme olympien. Baby Noa est née dans le lit de ses parents, et l’intensité de leur récit me laisse rêveuse. C’est ça que je veux !

-Le réconfort de la pénombre et pas les néons d’une clinique.

-Le silence et pas les injonctions des médecins.

-Le calme et pas les multiples visites.

-La liberté et pas les perfs et l’immobilité.

-L’intimité et pas la froideur d’un lit d’hôpital.

C’est ce que je désire pour mon enfant ! Car la question que je mets au centre de mes préoccupations, ce n’est pas l’expérience que je souhaite vivre, mais plutôt comment je souhaite accueillir mon enfant. J’ai toujours trouvé brutal de venir au monde. Sortir du ventre, se frayer un chemin dans le bassin, se faire expulser de son premier habitat…Il y a plus cool non ? Alors hors de question d’y ajouter des cris, des produits chimiques et des inconnus !

C’est vrai, mon raisonnement est un poil radical et contestataire. Me voilà donc enceinte, avec une quête singulière, enfanter chez moi.

Première étape, dénicher une sage-femme

Je mets du temps à la trouver ! J’en rencontre d’abord une première, de la vieille école, avec qui ça le fait pas du tout ! A quatre mois de grossesse, je n’ai toujours personne ! La vérité, c’est que c’est très difficile de trouver quelqu’un. Elles sont peu à avoir le courage d’accompagner des familles dans l’AAD, car elles sont stigmatisées et non assurables ! On ne les trouve pas juste avec une recherche Google ! C’est un monde un peu secret. Sauf qu’à quatre mois de grossesse, j’ai la flemme de me la jouer Sherlock Holmes. Mais je fini par tomber sur Madame A. ma nouvelle sage-femme ! Madame A. est une grande technicienne, aux mains bénies, et la tête légèrement dans les nuages. Elle est l’eau, je suis le feu ! Elle est little buddha quand moi je suis little warrior ! On ne se comprendra pas toujours, mais on aura le même but, le bien être de mon enfant, et elle y mettra tout l’amour qu’elle a !

Deuxième étape : Ma grossesse

Physiologiquement, elle est parfaite. Psychologiquement…Tout me parait laborieux, je suis incapable de lâcher-prise, je travaille (trop) jusqu’à la fin du 7è mois, et je prends plus de 20kg.

La fin est tellement pénible que je ne souhaite qu’une chose, accoucher ! Il faut dire que je n’ai jamais eu peur d’enfanter, j’ai même toujours rêvé de vivre ça ! A ce stade, bien sûr, je suis sûre que je vais réussir un accouchement naturel, zen et surtout rapide !

C’est vrai, quand on pense AAD, on pense forcément méditation, playlist de yoga et bougies ! Je suis loin d’imaginer ce qui m’attend !

Troisième étape : Accoucher

15 jours avant ma date présumée, je décide de faire l’amour espérant accélérer le processus ! Cher mari ne se fait pas prier ! A minuit le 23 avril, je commence à me tortiller dans le lit, sûre que le travail démarre ! Au matin, mes seules priorités sont de me faire épiler (à domicile, on reste dans le thème) ET de faire ma photo de grossesse du 8ème mois ! Oui, je n’ai pas encore créé Brulâge, mais j’ai déjà le goût du rituel !

-11h…Une contraction entre deux bandes de cire…c’est fait !

-12h…Une contraction, un coup de blush, la photo…c’est fait !

-15h franchement si c’est ça, je vais gérer fastoche ! Hop ! A la sieste !

-16h réveillée par une contraction qui me fait résonner les oreilles ! Je n’étais clairement pas prête ! Noah, mon mari, appelle Madame A. Elle est sur un post accouchement à l’autre bout de la région ! Elle calcule qu’elle sera là vers 21h. Je calcule aussi, elle est folle, j’aurais évidemment accouché d’ici là ! Mais qu’elle se bouge B***** ! Oui c’est à ce moment-là que je perds ma politesse ! Noah me prépare un bain, on déclenche l’appli de comptage et c’est parti pour…THE TUNNEL !!!

A partir de là, je perds aussi toute notion du temps, mais dans le désordre, ça donne à peu près ça:

-2 vomissements de douleurs

-Des allers-retours entre la baignoire, trop petite, et le lit, trop haut.

-La douleur qui me perce les oreilles, et me crispe de partout.

-23h Madame A. arrive. J’en pleure. Elle m’examine, mon col n’est ouvert qu’à 2, je repleure. Elle part méditer, puis revient. Elle pose ses mains sur moi, ce qui me calme. Elle me parle, beaucoup, trop à mon goût, ce qui m’agace. Noah aussi m’agace ! Ils m’agacent à ne pas souffrir comme moi !

-3h du matin, mon col n’est qu’à 5, je me décourage, je demande la péridurale (oui j’ai des hallucinations…la péri est bien sûr un acte exclusivement réalisable en structure, mais sur le moment…je tente ma chance). Je ne vais pas y arriver. Je me dis qu’il est possible que je meure et honnêtement, je me fais à l’idée ! So long, my friend !

-Dernière ligne droite, les mots, sages et intimes de Madame A. sont mon seul recours. Noah et moi devons-nous unir, plus que jamais. A partir de maintenant on ne se quitte plus des yeux, il souffle avec moi, il souffre avec moi, il est mon roc ! Quand l’envie irrépressible de pousser me prends, je préviens Madame A. qui me l’interdit ! Je ne suis qu’à 5, si je pousse, je me déchire littéralement ! Sauf que, je suis prête à mourir, alors me déchirer, je vais te dire, c’est le cadet de mes soucis ! Ce qui est drôle, c’est qu’à aucun moment je ne réalise que je vais rencontrer mon bébé ! Je veux juste que ça s’arrête !

-Madame A. me sort de la baignoire, m’accroupie au bord du lit, et fait une chose que je ne savais pas possible…Elle m’ouvre le col manuellement ! TADA !!! Je peux enfin pousser !

-5h et des poussières, je tourne comme un gorille sur mon lit pendant d’interminables minutes, en hurlant à la mort ! je crains qu’un voisin nous envoie la police ! Je crois me déféquer dessus ! Et tout ça me perturbe énormément, car dans les livres, les filles qui accouchent à la maison sont calmes, zen et douces !

Évidemment, je cherche la position animale, verticale, dont tous les livres « naturels » parlent! Mais je lâche, pour finir sur le dos, comme tout le monde (déception ultime) les bras de mon mari sous moi, son souffle dans mon cou, et ensemble on pousse tout ce qu’on a ! Et quand j’ai l’impression d’être en lambeau, de n’être qu’une boule de feu, je me promets que cette poussée sera la dernière quoiqu’il en coûte ! Madame A. suit cette cocasse chorégraphie de sa chaise, dans un coin de la chambre. Elle se lève, sereinement, à temps pour sortir la tête…et me demande : « tu veux le sortir ? » je ne réponds rien, surprise par cette possibilité. Alors elle demande à Noah, lui aussi tarde à répondre. Cette situation m’impatiente, j’attrape mon bébé, tout chaud et glissant, et je sens tout son petit corps me traverser ! C’était insensé et génial! Je le pose immédiatement contre moi, et je crie, cette phrase, dont je me souviendrais toujours : « On m’avait dit qu’on oubliait ? Pourquoi j’ai encore mal ? Pourquoi j’oublie pas ? » Noah et moi ne pleurons pas. Je n’ose pas bouger avec cet alien sur le ventre ! Je suis dans une autre dimension ! Seule, dans la chambre, pendant qu’ils nettoient, je me risque à un discret coup d’œil, oubliant complètement d’attendre Noah et miracle, c’est une petite fille… ! On laisse le placenta descendre, je ne sens rien. Noah attend une vingtaine de minutes avant de couper le cordon.  Madame A. ausculte notre fille, belle, déjà toute défroissée et en pleine forme ! Elle m’ausculte, je suis en une pièce, aucune déchirure. Je marche et prends une douche dans l’heure, puis je m’installe, MAMAN, dans un nouveau lit propre.

-6H du matin, le 24 avril 2019, après 30h de travail, en grillant une ampoule pour prévenir de son entrée fracassante dans le monde, Olivia a changé notre vie pour toujours !

-9h du matin, Madame A. nous quitte, et mon monde devient alors aussi paniquant que merveilleux !

Les jours suivants se passent dans une solitude à laquelle je n’étais pas préparée. Je dois aller chercher l’aide nécessaire (auprès de ma mère, de ma pharmacienne, de ma sage-femme, de ma conseillère en lactation…) ce qui est une démarche différente de l’hôpital ou la clinique, où l’aide est à disposition 24h/24.

Pour un premier enfant, sans aucune expérience d’accouchement, un plateau technique aurait peut-être allié mieux mes convictions et le soutien nécessaire ! Si j’ai un deuxième enfant et que je choisi l’AAD, ce sera forte cet apprentissage ! Je suis fière d’avoir mise au monde ma fille, comme une guerrière, mais au fond j’aurais préféré être une yogi paisible plutôt qu’une guerrière. La connaissance, la patience, l’humilité et la réjouissance, sont des vertus indispensables à un ADD en douceur, et je l’ai appris à la dure…

L’absolu n’existe pas dans le domaine de la maternité et je reste persuadée que notre plus grande force, c’est la transmission ! Alors, racontons nos histoires, partageons nos photos, apprenons les unes des autres ! Bravo Clémentine, Bravo Camille, Bravo Marion, Bravo Naty…A nos bébés-maisons, et à nos enfantements ! C’est tout ça aussi Brulâge ! Une flamme de gratitude, d’encouragement, de magie !